Les Victoires de la Musique – Edition 2009

mars 1, 2009 0 Par admin

Hier soir ne manquait plus à la fête que l’inénarrable Philippe Manœuvre pour se demander avec nous qu’est-ce qu’être Rock en 2009.

Est-ce avoir le courage et la dignité de Bashung par 3 fois honoré à juste titre malgré le fait qu’il ressemble de plus en plus à Nosferatu ? Est-ce ne pas se prendre au sérieux à l’instar d’Anaïs qui arrive sur scène à cheval et va ensuite se chercher un partenaire masculin dans l’assistance confite et effarée ? Ou bien jouer au faux dandy comme Julien Doré qui, pour une fois, nous a gratifiés d’une prestation particulièrement sobre peut-il faire encore illusion ?

Alors oui, très exceptionnellement je partagerais l’avis du rock-critique intègre et dénicheur de nouveaux talents qu’est notre Philippe Manœuvre national, oui … deux fois oui comme chantent certains… cette cérémonie fut Longue, Lourde et Lugubre.

Mais avant de revenir sur la soirée, moi aussi je vais sacrifier au rituel des remerciements. Alors chers amis lecteurs, je tiens devant vous à remercier Gutenberg pour le papier, Le Baron Bic pour le Stylo et puis dans un élan de modernisme auquel on ne me prendra plus je m’incline devant Sa Sainteté Toshiba, merci 1000 fois pour vos inventions géniales qui me permettent de raconter toutes ces âneries et vous faire partager mon dé-goût pour ces cérémonies nœud-papillonnées et petits-fourisées.

Mais je m’égare … revenons à nos moutons … La cérémonie …

Après tous ces Golden Globes, Césars, Oscars, Lascars ou autres NRV Music Awards, enfin, pensais-je, une célébration digne de ce nom avec la fine fleur de la musique française et la caution taratatesque de l’ami Nagui. Là, confortablement installé sur mon canapé avec chips et canettes de bière, armé de mon stylo et de mon cahier, je m’attendais à passer une soirée non par bercée par du trash métal californien, mais par les délires mouleburnesques de Julien Doré et de toute l’armada de la « nouvelle scène française ».

 

Et évidemment, je n’ai pas été déçu … tout commença par une infâme bouillie sonore mitonnée de main de maître par le bellâtre de service Christophe Maé qui pour moi reste une énigme vivante … comment ce type fait-il pour avoir autant de succès ? Alors là si vous connaissez la recette, faites m’en part … tout chez cet artiste frise la correctionnelle, le look, les musiques, les textes et pire … la voix … cette voix, mon Dieu, on dirait une Castafiore en train de batifoler sur une machine à laver, quelle horreur …

Après ce génocide auditif, démarra la longue litanie des nominés égayant des catégories aussi excitantes que meilleur groupe pop rock de l’année ou meilleur disque de musiques urbaines de l’année … Tiens ça aussi c’est drôle les « musiques urbaines ». C’est pas de la chanson française old school plutôt fabriquée du côté d’Astaffort, ce n’est pas non plus du gros rock qui tâche parce que les usines ont été délocalisées … non ma bonne dame, c’est du Rap, Slam, Ragga et autres joyeusetés qui ne peuvent s’écrire que sous la contrainte du béton solidement armé et pas dans nos vertes contrées.

Ceci étant dit, il serait vain de passer en revue la liste des nominés et des lauréats, mais j’aimerai quand même porter à votre attention 2 ou 3 petites choses qui méritent qu’on s’y arrête.

Tout d’abord la longueur de cette cérémonie au regard du nombre de catégories : 4 heures de direct pour 14 cases musicales dont les contours sont parfois très élastiques, c’est trop. Tous les nominés devaient chanter une chanson sans compter les quelques hommages rendus ici ou là pour ponctuer la soirée. Il aurait mieux fallu intégrer plus de catégories pour mettre la lumière sur d’autres styles musicaux et réduire les prestations de certains.

Tiens parlons en des hommages … une Victoire d’honneur à notre Jauni « the boss » Alité qui dans un élan de joie indescriptible a remercié ses enfants et sa femme puis nous a gratifié d’un titre bien lourd avec un super groupe auprès duquel Cream ressemblait à un groupe de baloches perdu du côté de  St Locdu le Vieux. Pensez-y ! à la batterie, son fils David qui nous a montré toute la finesse et la variété de son jeu, Axel Bauer à la lead guitare se tortillant dans tous les sens comme s’il sortait un solo claptonien alors qu’il jouait juste en rythmique la plupart du temps et the last but not the least, le running gag de la soirée … oui oui … Christophe Maé qui pour une fois ne faisait que souffler péniblement dans un harmonica inaudible. Oui l’avenir du Rock en France était là ce soir devant mes yeux émerveillés, ne manquait plus que De Palmas pour couronner l’affaire.

Et puis un peu plus tard nous eûmes droit à un hommage (non pas posthume) mais soporifique à Jean Loup Dabadie, couronné lui aussi pour l’ensemble des textes qu’il a écrit pour Julien Clerc ou Polnareff au siècle précédent. Pour agrémenter cette Victoire tardive, nos esgourdes déjà bien mal traitées durent subir un medley de ses plus grands succès exécutés, c’est le terme, par Patrick Fiori, Elodie Frégé, Julien Clerc et même la revenante Emma Daumas miraculée de la Star Ac 2 devant laquelle le Dabadie commençait à devenir liquide pour ne pas dire libidineux. Bref, on a pu mesurer tout le talent de ce grand homme qui va bientôt rentrer à l’Académie Française me suis-je laissé dire.

3ème point sur lequel j’attire votre attention que je sens déjà devenir cotonneuse … la méconnaissance profonde de la scène musicale française et internationale des instances dirigeantes de l’industrie musicale française.

A l’heure de la crise financière internationale, les Directeurs Artistiques (ouaf, ouaf, ouaf) ont plus que jamais l’œil fixé sur les comptes de résultat et ne prennent plus aucun risque pour sortir du lot un artiste ou un groupe proposant autre chose que de la musique de supermarché facilement écoulable par cartons entiers. On le sent donc très nettement dans ce point d’orgue annuel que sont les Victoires ou les catégories musicales et les artistes choisis sont tous très consensuels à l’exception de quelques trublions bien choisis et vites expédiés par l’animateur, comme par exemple Saez qui a du énerver un peu tout le monde du côté des fauteuils ministériels.

Ne comptez pas sur les Victoires pour mettre en pleine lumière la scène française ou internationale  plus underground ou tout simplement plus rock. Ce n’est pas là que vous entendrez prononcer les mots « folk », « blues » qui doivent sonner comme d’affreuses vulgarités aux oreilles des décideurs des majors. Pour un Moriarty nommé (qui nous aura gratifiés d’une très belle version de son excellent single Jimmy) combien de Cosmic Rough Riders ou Fleet Foxes passés à la trappe du bilan consolidé ? Combien de temps encore cette injustice va-t-elle perdurer ? Est ce qu’un jour la France va enfin prendre en compte la réalité de la scène musicale internationale ou locale et proposer autre chose que ces cérémonies aseptisées et bien huilées ou l’autosatisfaction et la recherche permanente d’un consensus chamallow est de mise ? Je commence sérieusement à douter.

La seule bonne nouvelle de cette lourde, longue et décidément lugubre soirée fut l’absence dans la salle et sur la scène de Carla Bruni et ça c’était très Rock !!!

A la demande générale, voici la palmarès de l’édition 2009

Artiste(s) interprète(s) masculin(s) de l’année
Alain BASHUNG
Francis CABREL
Manu CHAO
Julien CLERC
Christophe MAE

Artiste(s) interprète(s) féminine(s) de l’année
ANAIS
CAMILLE
Yael NAIM
Catherine RINGER

Artiste de Musiques Electroniques ou Dance de l’année
BUMCELLO
CARAVAN PALACE
Martin SOLVEIG
Laurent WOLF

Artiste(s) ou le Groupe Révélation du public de l’année

Julien DORE
PEP’S
SEFYU
THE DO

Révélation scène de l’année

BB BRUNES
Micky GREEN
MORIARTY
THE DO

Album Révélation de l’année
William BALDE
BERRY
Julien DORE
THE DO

Album de Chansons / Variétés de l’année
Alain BASHUNG
BENABAR
CAMILLE
Vincent DELERM

Album Pop / Rock de l’année
Arthur H
CALI
MADEMOISELLE K
SAEZ

Album de Musiques Urbaines de l’année
ABD AL MALIK
GRAND CORPS MALADE
Kery JAMES
TUNISIANO

Album de Musiques du Monde de l’année
Seun KUTI
MAGIC SYSTEM
SLAI
Rokia TRAORE

Chanson originale de l’année
Alain BASHUNG
Francis CABREL
Thomas DUTRONC
STANISLAS

Spectacle musical, la Tournée ou le Concert de l’année

Alain BASHUNG
CAMILLE
Christophe MAE
NTM

Vidéo-clip de l’année
Julien DORE Les Limites
Kery JAMES XY
ZAHO C’est chelou
ZAZIE J’étais là

DVD musical de l’année
Jean-Louis AUBERT
Christophe MAE
Vanessa PARADIS
Christophe WILLEM

Par Phil pour Ondes de Rock